lundi 25 février 2013

De la confession à l'oubli

« L'abjuration des erreurs est facile ; ce qui l'est moins, c'est leur réparation effective. Heureusement, l'église a le privilège de digérer le bien mal acquis, et en rentrant dans le giron de cette bonne mère, je garderai le mien. » Talleyrand

Les religions et en particulier la religion chrétienne portent la responsabilité de l'état de culpabilité dans lequel vit l'humanité.

Il n'y a pas loin de l'absolution à l'amnistie et la rémission des péchés conduit naturellement à celle des fautes puis à la dilution des culpabilités, d'où la disparition progressive du sens des responsabilités et du devoir. L'oubli, l'ingratitude et la roublardise de celui qui a bénéficié de l'absolution ont tôt fait d'ériger en droits les abus pour lesquels le pardon lui a été accordé. Rien ne s'oppose plus alors à ce qu'il en commette de nouveaux, avec de moins en moins de retenue.

C'est l'état de droit sans devoirs, sans contrepartie autre que de façade.

Confession, contrition, repentance, absolution, amnistie ; cheminement que l'homme a tracé à ses fautes pour les faire tomber dans l'oubli et s'accorder ainsi à lui-même le pardon purificateur. Il a négligé que ce faisant, s'il soignait son ego, il y perdait du même ses chances de vivre en bonne intelligence avec ses semblables. Naufrage de la conscience collective dans l'océan tempêtueux des particularismes.

L'homme s'est-il inventé des Dieux par peur de l'inconnu, ou plus simplement par peur de ce qu'il pouvait lui arriver de connaître de pire, c'est à dire lui-même ? Toujours est-il qu'en retour, ses Dieux lui ont dispensé, à travers leurs églises et leurs ministres, la confession d'abord et l'absolution ensuite.
L'homme était ainsi libéré de lui même. Il avait trouvé le meilleur moyen d'absoudre ses pires agissements : passés, présents et à venir.
Qu'il ait ensuite catégorisé, classifié, ses fautes ; inventé un niveau collectif de confession et la repentance, ne change rien à l'affaire.

Comme tout pouvoir, l'église a dû et doit encore diriger ses sujets. Sans tomber dans un anticléricalisme primaire, qu'il soit permis de constater qu'elle le fait en grande partie grâce à l'un de ses sacrements : celui de confession, suivi de l'absolution. Ses fondateurs et plus encore leurs continuateurs ont agi à ce propos avec une habileté qui n'a d'égal que leur ruse : sinon Inventer le péché du moins le désigner, pour se donner le pouvoir de l'absoudre. Mais combien de fidèles le sont désormais parce qu'ils savent trouver dans leur religion le pardon de leurs fautes.Il est peu d’individus qui après leur mort ne soient parés de tant de qualités qu’elles en font oublier leurs défauts pourtant parfois plus nombreux et plus grands encore. Que ces qualités aient été réelles ou non, l’oubli de leurs fautes équivaut à une rémission implicite, comme si les vivants n’avaient qu’une hâte, oublier les défauts dont a été chargé le disparu. C’est probablement une manière de s’absoudre de ses propres fautes, présentes, passées et à venir. Mais comment, dans ces conditions, s’étonner que l’humanité n’ait pas fait davantage de progrès sur la voie de son amélioration, depuis qu’elle raisonne ?

L’âme de tout disparu peut avoir droit au repos, mais il ne faut pas confondre âme et souvenir et surtout, il ne faut pas, sous prétexte de respecter ce repos, méconnaître ou passer par pertes et profits l’influence des mauvaises actions d’un individus, sous prétexte qu’il n’est plus.


Exemple de confession salutaire : “Je supporte de moins en moins ceux qui se montrent contents d’eux-mêmes (et je me supporte moi-même de moins en moins dans cet état, auquel il m'arrive bien entendu de succomber). Non pas qu’à la manière du moine dressé sur sa borne, j’aille jusqu’à imaginer et prêcher un non droit au bonheur, contrepartie de la rédemption, mais nous avons tellement à nous reprocher, au quotidien comme dans la somme de nos actes, individuels comme collectifs !”

Tous coupables


Et l'œil ne cesse pas, du plus profond de l'ombre,
D'accuser de Caïn les descendants sans nombre,
Qui dans leur vanité vont perpétuant le geste
Qui leur valut pourtant un destin si funeste.

Depuis lors, asservie, l'entière humanité
Traîne comme un boulet sa culpabilité ;
Chargée de son passé, accablée de remords
Lancinant à jamais et son âme et son corps,

Elle croît sous le poids de la faute commise
Prétendant, arrogante, à la terre promise ;
À l’Eden qu’elle s’octroie par une absolution
Pétrie d'hypocrisie, de fausse contrition.

L'homme est sans se lasser, le bourreau de son frère.
Il commet chaque jour le vol et l'adultère,
Ignore le malheur dès lors qu’il frappe l’autre.
Égoïste et cupide, il joue le bon apôtre.

Il aggrave son sort sous le poids de la chaîne
Qui le cloue dans la boue, le condamne à la peine
De se considérer, tout comme ses enfants,
Pour toujours condamné aux pires des tourments.

A jamais entravé, soumis à la passion
Sous laquelle il gémit sans espoir de pardon.
Il n’attend de ses dieux plus que leur abandon
S'il arrive parfois qu'il espère en lui-même.

vendredi 4 janvier 2013

De la foi selon l'agnostique

Le libre-penseur est agnostique, il doute.

L’athée et le croyant ont des certitudes.



« … Et je vous écoutais parler de votre enfer, en songeant à l’orgueil de l’homme qui, pour ses crimes d’un moment, inventa la géhenne éternelle »
Colette - Sido

« Je crois à une cause première que je ne peux définir, il m'est impossible d'apprécier jusqu'à quel point l'auteur de toute chose s'occupe des hommes. Si leur conduite privée pouvait être dirigée par sa volonté, il serait coupable de toutes nos fautes. J'en conclue à l'inefficacité de la prière, la nature étant dirigée par des lois générales qui livrent les événements au hasard et aux fatalités, bonnes ou mauvaises. Je n'ai jamais redouté aucune peine éternelle. Je n'espère aucune récompense, notre passage dans ce monde est trop court pour que rien de ce qui arrive puisse être compassé en bien ou en mal éternel. Ainsi j'ai vécu, ainsi j'espère mourir. Après mon décès suit ce que je désire qu'on exécute ponctuellement. »
Extrait du testament d'Élie Louis Seignette, premier maire d’Angoulins (Charente maritime), rédigé le 25 fructidor de l'an XII  (11 septembre 1804).

« Je considère comme une sorte de stupidité folle de chercher la nature de Dieu, de s’interroger sur ce qu’il est. Car je pense que les hommes ne peuvent pas même comprendre correctement les affaires des hommes, et donc encore moins la nature de Dieu. » Procope


Sans obligation d’anticléricalisme, le libre-penseur ne peut être qu’agnostique, le doute supposant autant la faculté que la liberté de croire. Et au risque de contrarier ceux qui voient dans la libre-pensée, comme d’ailleurs dans l'agnosticisme, et l’athéisme – pour lequel ce serait peut-être aussi justifié que pour le croyant –, une manifestation de vanité ou d’outrecuidance, l’agnostique peut l'être, non par vanité mais au contraire par humilité. Il se distingue en cela du mécréant convaincu de sa supériorité sur le crédule, comme des élus assez imbus d’eux-mêmes pour se juger dignes de rencontrer Dieu ; parfois assez paresseux ou soumis pour faire leur la vérité des autres, en tout cas assez téméraires pour envisager d’affronter au lendemain de leur mort celui qu’ils auront, pour le plus grand nombre d'entre eux, trahi de leur vivant.

Quand bien même il serait tenté de croire et avant que d’en arriver là, le libre-penseur devrait d'ailleurs affronter un choix entre les religions qui s'offrent à lui, sans pouvoir pour autant être davantage l’athée enfermé dans sa religion du non-Dieu. Plutôt que de refuser catégoriquement de croire et encore moins de se placer au-dessus des croyances en les niant, le libre-penseur se situe en retrait par rapport à toutes, avec ce qu’il pense être sa sagesse. Il est agnostique en ce qu’il rejette toute gnose, considérant qu'il ne lui est pas donné de connaître la Vérité. Tout au plus lui arrive-t-il de considérer que si l'homme a un jour disposé de cette faculté, il s’est avéré indigne de la conserver, dans le dédale de sentiments et de contradictions dont l’embrouillamini croît de manière exponentielle avec le temps et le nombre. La débauche de pensées et de discours en résultant, chaque débatteur – dont le libre-penseur lorsqu'il s'accorde le droit à la parole – supplémentaire est avant tout un bavard de plus.

Le raccourci qui consiste à ramener tout au Grand horloger ne peut satisfaire le libre-penseur. La question ne se limite pas pour lui à savoir qui est l’auteur de la grande mécanique, car qui alors a conçu cet auteur ? Et ainsi de suite. La question ne peut être selon lui que complètement posée. Sa curiosité ne peut se satisfaire pas davantage de fragments de réponses que du mystère suprême selon lequel Dieu serait le créateur de lui-même et serait ce qu'il est précisément par cela et inversement. De plus, ni une machinerie aussi sophistiquée soit-elle, ni son inventeur ne lui semblent sujets à adoration. Et le fait d’aller directement à ce prétendu inventeur n’est selon lui que commodité ; manière de fermer les yeux sur la précarité de l’existence, le temps que la vie s’accomplisse et que la foi aidant, peine et inconfort soient réduits à minimum en attendant la fin.

Bien sûr, le supplément de conscience qui semble différencier l’être humain des autres espèces peuplant l’univers connu – différence au demeurant extrêmement variable d’un individu à l’autre –, invite tout un chacun à considérer qu’il a une origine. Mais pour quelles raisons une attention particulière lui aurait-elle été portée, à lui ? Du simple fait qu’il soit un être humain ? C’est omettre que cette espèce compte en définitive ni plus ni moins que toutes les autres qui peuplent l’univers. Le libre-penseur peut ainsi être amené à considérer qu’il fait simplement partie d’un tout, élaboré dans la neutralité la plus absolue en même temps que la plus hasardeuse ; comme peut l’être l'espace intersidéral et les cailloux qui le peuplent, ou ayant au contraire la chaleur extrême des volcans, du magma et des gaz dont ils sont issus, témoins et acteurs apparemment les plus proches de nos origines.

La métaphysique est pour le libre-penseur un corps creux, plus ou moins gonflé par une pensée dont la vaniteuse profondeur et le caractère abstrait – faute de pouvoir faire autrement – laisse la Vérité largement hors de portée de l’homme tout en satisfaisant son goût, dont le libre-penseur n’est pas exempt, pour la spéculation et la polémique. Il est, pour le libre-penseur, des questions autrement plus en rapport avec ce qu’il est et ce qu’il lui semble permis d’en savoir. Il se satisfait de pragmatiques questions, auxquelles d'aussi concrets que possibles éléments de réponse peuvent être apportés par l'observation de ce qui l’entoure et sa propre réflexion, dans la mesure dont le sort l’a doté de ces facultés.

Le libre-penseur refuse d’esquiver certaines évidences. Par exemple, si comme nous le rappelle Malraux « la vie n’est rien, mais rien ne vaut une vie », il veut en savoir plus : Quel est le sens et le poids de cette vie ? Non pas d’une vie mais de la Vie dans le Grand Mécanisme ? Si les hommes tentent de seulement l'imaginer, il leur faut être aveuglés par une vanité sans bornes pour ne pas concevoir que la disparition de l'un d'entre eux, comme d'eux tous, ensemble ou séparément, ou même de la planète ou de la galaxie qu’ils habitent, seraient sans la moindre incidence sur le fonctionnement de l’ensemble. Parmi les astres, infiniment plus nombreux dans l'univers que les individus qui ont jamais peuplés la terre, quel est celui dont le mouvement se trouverait perturbé aussi peu que ce soit par la disparition de cette dernière ? Et quand bien même il y aurait perturbation, à quelle échelle supérieure de son mouvement l’univers s’en trouverait-il affecté aussi peu que ce soit ?

Si l’espèce s’est montrée capable d’assurer jusqu’ici sa survie, dans des conditions dont il y a toujours davantage à dire, au fur et à mesure que le temps passe et que le nombre augmente, il est clair que cela s’est fait dans une angoisse due à son ignorance. Elle a de tout temps cherché les moyens d’améliorer son sort au détriment des autres, de la même manière qu’au sein de l'espèce humaine chaque individu procède en se souciant prioritairement de soi-même. Ceci ne se faisant pas sans dommages ni compromissions, en l’absence de l’aide demandée aux dieux et si chichement accordée, restait, une fois son égocentrisme et sa vanité reconnues, à obtenir leur absolution pour vivre en paix, au moins avec sa propre conscience en attendant la récidive. Les hommes ressentant le besoin de cette absolution davantage encore que de secours, ils l’ont sollicitée de dieux inventés à cette fin. Multiples ou unique, ceux-ci ont été dès lors le moyen le plus sûr, sinon de cautionner les pires actes, au moins d’obtenir une rémission mettant l'être humain suffisamment à l’aise pour en commettre d’autres.


Restent la conscience et la liberté, qui seraient accordées à chacun d'entre nous pour mener sa vie ici-bas au mieux de ses intérêt spirituels. Qui peut encore y croire après que le peu de clairvoyance que nous accorde la science nous éclaire chaque jour un peu plus sur le caractère imprévisible autant qu'invincible dont le temporel pèse d'un poids dont nul ne peut s'affranchir ? Quid des manifestations si injustes de la nature que seule peut accepter une foi aveugle par définition et auxquelles l'homme ne peut rien opposer d'autre que sa résignation ou la vaine révolte ? Quid des injustices nées des faiblesses de l'être humain, attachées à une condition d'abord héritée de géniteurs désignés par le hasard, et dont le moindre détail ne peut être imputable qu'à des raisons qui nous dépassent ?


En tout cas, que Dieu soit ou non le pur produit de ses angoisses, en dépit de tous ses efforts et des progrès de sa connaissance, l’homme s'est montré jusqu'ici incapable de rencontrer son créateur ou sa créature – c'est selon – autrement que par l’esprit, ce qui pour beaucoup n’est que la preuve de cette imagination déraisonnable que d’autres qualifient de Foi. Bien sûr, des cohortes d’élus ont ce privilège, mais encore se trouve-t-il qu’il y sont aussi favorablement que hasardeusement disposés.
Des collèges de dieux ont un temps aidé l’homme à surmonter l'inconfort de son existence, et c'est encore le cas en certains endroits de la planète. Mais la formule manque de simplicité et s’avère aussi peu propice à l’organisation ici-bas qu’à l'équilibre d’un au-delà reflétant, faute d’imagination, des conditions d’existence temporelles. Il a donc été tenté du monothéisme. Ce n'est pas pour autant que les hommes sont parvenus à se mettre d'accord entre eux sur le sujet. Les références des uns et des autres étant différentes, pour de simples raisons de climat, d’environnement, d’alimentation, de culture, d’époque, ..., chaque grand groupe humain, ou civilisation s'est inventé, sans se priver, de copier sur son voisin un Dieu à son propre usage.

Une autre échappée peut nourrir la réflexion du libre-penseur et répondre à certaines questions qu’il se pose quant à ses origines et à son devenir. Elle réside dans les philosophies non déistes dont le meilleur exemple est le bouddhisme, souvent considéré à tort comme une religion ou pour le moins hissé à ce statut sous l'effet d'une angoisse dépassée par ses adeptes les plus accomplis.


Tolérant, le libre-penseur évite en tout cas de tomber dans les excès de l’athéisme faisant de l’incroyance une religion du non-Dieu, aussi radicale que d’autres, avec ses prophètes, ses clercs et ses grands prêtres. Il tente de se garder de la vanité qui, tout en prétendant se passer de Dieu, conduit à celle qui habite quiconque se croit digne de la considération du Tout-puissant. Il y a lieu en effet de ne pas confondre la libre-pensée avec un anticléricalisme primaire amalgamant politique et religion ; fait de convictions quant à la nécessité de séparer l’église de l’État, le temporel du spirituel, et du rejet de tout ce qui s’y oppose. Pour le libre-penseur, le respect est dû à toutes les croyances, quelles qu'elles soient. Il reconnaît à autrui la liberté de pensée qu’il s’accorde à lui-même.

Il peut avoir une raison supérieure de se montrer tolérant à l’égard des religions. Comme en atteste l’histoire, celles-ci sont indéniablement porteuses des principes moraux et organisateurs qui semblent avoir vaincu au moins les apparences de la barbarie. Sa spiritualité et la foi qui peut en découler peuvent par conséquent être considérées comme un don précieux fait à l'homme, résultant de la nécessité de vivre avec ses semblables. Elle peuvent aussi bien être considérées comme des moyens offerts à chacun de supporter les moments les plus difficiles de son existence, au point que l'envie peut parfois venir de compter parmi ceux qui y trouvent le réconfort dans leurs épreuves.

La Foi apparaît à certains comme la manifestation, voire l'expression, de la Raison, en ce sens qu’elle s’oppose à une fantaisie négligeant le progrès et consistant à laisser errer sa pensée dans l’ignorance des bénéfices pouvant résulter des efforts effectués par d’autres tout au long du chemin sinueux de la vie. Mais il n’est pas donné à chacun de se priver de sa part de rationalisme ou d'anti-conformisme, pour partager ce qui peut passer à ses yeux pour de la superstition et une crédulité excessive. Certains ne peuvent se résoudre à croire sans preuves, démontrant en cela leur vanité, mais la préférant à celle affichée par d’autres, aussi respectables que soient les croyances qu'elle prétend expliquer.


Il arrive de perdre la foi après avoir vainement quêté l’absolu ; notamment lorsque enfant, quand une crédulité favorisée par l'innocence porte naturellement à chercher dans les croyances enseignées des réponses à ses interrogations. Ces croyances sont alors partagées dans l’habitude et la tradition et assorties d’un sentiment religieux et d’une pratique fréquemment assez vagues ou relâchés. Peu exigeantes à l’égard de ceux qui se trouvent dans ce cas, elles les exemptent d’une discipline de pensée telle que l’inculque une réelle éducation religieuse. Juste conséquence d’une conviction insuffisamment étayée par l’éducation, ils peuvent perdre ensuite progressivement leur peu de foi, soit par refus d'une injustice qu’ils découvrent avec le temps et dont ils se considèrent concurremment complice et ennemi. Contraints par l’existence à la tartuferie faisant de cette injustice la règle, c’est leur manière de rejeter l’hypocrisie, plus grande encore, qui conduit à s’en absoudre imperturbablement.


Pour les cyniques, les religions sont des constructions humaines faites pour rendre supportable cette injustice omniprésente. Pour le libre-penseur, des êtres doués de la faculté de raisonner doivent chercher les moyens de lutter contre l'injustice de leur sort et non l'admettre avec la part de fatalisme qui est à la base de toute religion. Il ne peut se résoudre à admettre le machiavélisme ou le sadisme d'un pouvoir suprême, dispensateur à la fois de la vie et de son contraire, du malheur comme de la félicité, et néanmoins considéré comme infiniment bon.

Alors que l’authentique révélation, qui ne peut être qu’Une, semble échapper chaque jour davantage à des humains dont l’angoisse croît avec leur nombre et leur appétit pour les richesses matérielles, le bien et le mal continuent de ne pouvoir être davantage confondus que distingués. Comment dès lors choisir entre les deux ? C’est l’une des questions fondamentales que se pose le libre-penseur. La lucidité nécessaire étant interdite à l'homme par le fait même qu'il soit mortel, il est compréhensible qu’il ait saisi, comme possibilité de pallier cette carence, la codification de son imaginaire. Le fait d'être doté d'un esprit abusivement rationnel, susceptible d’être pris en défaut par des vues divines, n'enlève rien au problème, bien au contraire. Comme déjà dit, le libre-penseur rejette le fatalisme qui pourrait lui faire accepter une condition dont le caractère demeure avant tout misérable, quelles que soient les promesses de compensation ici ou ailleurs, et que celles-ci soient dispensées à tous dans l'au-delà ou aux derniers représentants d'une espèce parvenant à la perfection après des efforts que le plus grand nombre de ceux qui les auront faits ne sera plus présent pour en bénéficier. Le marchandage ainsi proposé lui est d’autant moins concevable que la promesse de rachat universel doit s’accommoder d’une résurrection, phénomène qu’il ne peut concevoir du seul fait de la corruption de ses composants organiques et de la disparition des fonctions mentales qui en résulte. Ce qui n'est pas plus incompatible avec une résignation lucide face à la mort qu'avec le caractère précaire et éphémère de l'existence.


Le libre-penseur peut aussi de ne pas croire par refus de se prendre suffisamment au sérieux pour s'inventer un Dieu ou simplement participer à cette invention collective. Si une telle attitude peut être taxée d’orgueil, une telle appréciation résiste mal à la question de savoir pourquoi le bénéfice de l'âme, siège de la foi, ne saurait être étendu aux espèces réputées en être dépourvues. L’orgueil devenant vanité, quid du fait de se considérer comme un être privilégié, au point de mériter l’attention particulière du créateur de toutes choses ?

Reste à respecter l'avis d'autrui et sa liberté, en évitant de lui imposer une religion s’il n’en a pas, ou une autre que la sienne s’il est croyant. Pour le libre penseur, nul n’est en mesure de considérer ses propres croyances comme seules dignes de foi et encore moins de les imposer comme telles. C’est déjà tenter de vivre dans le meilleur respect possible d’un environnement dont peu importe quelles en sont l’origine ou les finalités. Paradoxalement, le libre-penseur, par refus de toute doctrine, ne peut donc que se montrer tolérant. Il y parvient avec un succès variable, lorsqu'il cède à l'atavisme d’un prosélytisme judéo-chrétien faisant obligation au croyant de propager ce qu’il croit être la seule bonne parole. Mais ceci n'a rien à voir avec la foi en tant qu'acceptation des "Mystères" ; avec la croyance, distincte du culte; avec le dogme, si différent de la Vérité.

S'il peut arriver à l'agnostique de regretter et d'envier, sinon le confort au moins la sérénité que peut procurer la foi – confort ignoré de ceux qui en bénéficient, dès lors qu'ils sont sincères – ce sentiment se heurte immédiatement à sa faculté de raisonnement. Serait-ce à dire que la foi n'admet pas la raison, tout comme l'amour ou toute autre forme de passion? Il est en tout cas étrange de retrouver fortuitement associés, face à la raison, les mots de foi, d'amour et de passion. Les croyants pourront s'en réjouir, sans en tirer de conclusions hâtives.

Certains avancent comme preuve de l'existence d'un créateur dont ils sont l'image – et c'est leur argument le plus péremptoire –, l'esprit dominant la matière. Mais si la matière est partout présente, en chacun d'entre nous comme en tout ce qui nous entoure ; palpable et analysable, qu'est-ce que l'esprit ? En quoi se différencie-t-il de la matière, sinon par le caractère apparemment abstrait, immatériel, de ses constituantes ? Cette immatérialité n'est-elle pas simplement de nature chimique ou plus exactement ne résulte-t-elle pas de réactions de cet ordre, discrètes au point d'échapper à nos sens ; donc à une observation directe ? Comme il est possible de mettre la machine et l'ordinateur en panne en sectionnant l'un de leurs fils, ou de les rendre plus performants en leur ajoutant un composant, l'esprit, en tant que capacité de raisonner, de croire, peut parfaitement être développé, amoindri, orienté, conditionné, par l'apport d'une substance choisie à cette fin. Les expériences en sont nombreuses, en bien comme en mal, et s'il est possible de modifier des comportements par l'effet de médicaments et de drogues, il le serait probablement de rendre croyant, par intervention chimique, celui qui ne l'est pas et vice-versa. Il ne peut y avoir de foi sans esprit, mais et si les orientations de celui-ci peuvent dépendre de la structure moléculaire – modifiable à volonté – de celui qui en est équipé, quelle vanité que de s'imaginer en être doté par une volonté supérieure ! D'ailleurs, supérieure à qui ? A quoi ? Le seul état de nos organes et surtout la manière dont ils fonctionnent, dont ils produisent nos hormones, dont ils génèrent et gèrent les cellules dont nous sommes faits, nous amènent à accepter ou rejeter, à un moment donné, une dose d’irréalité, donc de foi, plus ou moins importante. Ne sommes-nous pas chacun, tous autant que nous sommes, un assemblage organique résultant de circonstances et d'une évolution dont nous savons bien peu de choses, sinon que leur caractère aléatoire nous différencie les uns des autres, comme d'ailleurs la génétique le confirme.


Et pourtant, du fait d'un destin commun qu'impose la vie de l'espèce telle que nous l'avons organisée, chacun de nous est présent chez chacun des êtres qui peuplent notre univers et inversement, tous ces êtres sont en chacun d’entre nous. Quel que soit le nombre et la variété de ces êtres ; quel que puisse être le refus de cette amalgame, de cette interdépendance ; quel que soit l’égocentrisme au nom duquel puisse s’exprimer un tel rejet. La condition de chacun : sa richesse ou sa misère, la couleur de sa peau, sa santé, son caractère, ses défauts et ses qualités, sont en tous et vice versa. Le tout que forme l'espèce humaine – comme toute autre espèce – existe par l'individu et l'individu existe par le tout. Nous sommes le produit des uns par les autres, d’autant moins saisissable et compréhensible que notre nombre croît.


« Voyons cher Monsieur ... » me disait un jour un vieux curé que sa foi inébranlable et sa pieuse sagesse avaient conduit d'une modeste cure à l'enseignement du droit canon à l'université de Latran, rencontré au hasard d’un voyage : « ... Dieu, le Diable n’existent que l’un par l’autre, au point qu'il soit permis de se demander si çà n’est pas la même chose. Et il en est de même pour le jour et la nuit, le noir et le blanc, la jeunesse et la vieillesse, la vie et la mort ». Dès lors, pourquoi la création ne serait-elle pas l'œuvre du mal plutôt que du bien ? Tout se confond en dépit des efforts des hommes pour y mettre de l’ordre, à commencer par les occidentaux avec leur cartésianisme. L’univers serait ainsi une création de Satan qui aurait inventé l’homme, à qui il aurait ensuite suggéré de s’inventer des dieux. Mais si Dieu et le Diable sont un, croire à l’un est croire à l’autre. Ainsi des merveilles d’ingéniosité créatrice ayant présidé à l’élaboration du corps animal et de ses divers organes. Le foie par exemple : Tous les humains chez qui cette viscère joue normalement son rôle et filtre avec suffisamment de conscience leur dose quotidienne de Chivas, de "gros rouge" ou de tequila, n'ont qu’à se louer des bienfaits de la nature et se son créateur. Quant aux autres, il leur reste, et ils ne s’en privent pas, à rendre grâce au même d’avoir songé dans son infinie bonté, à créer des générations de médecins et de savants en tout genre, capables d’en pénétrer les secrets, d’en contrarier les déviances, allant même parfois jusqu’à la guérison... ou à l'ablation. Tout ça n’est-il pas merveilleux ? Ou encore de la procréation. Les opposants primaires à l’interruption de grossesse, avant de trouver des raisons péremptoirement scientifiques selon lesquelles l’embryon est autre chose qu’une sorte de larve et qu’à ce titre le respect lui est dû tout autant qu'à n’importe quel être fini, usaient d’un argument qui semble avoir fait long feu. Il arguaient des prodiges dont se privait ainsi la société. De quel grand bienfaiteur l’humanité ne risque-t-elle pas se priver en interrompant une grossesse ? C’est encore l’optimisme de la foi qui s’exprime benoîtement, en refusant de considérer que statistiquement, la probabilité est plus grande de faire naître un malheureux de plus ; un gueux ; un de ceux qui contaminent et pervertissent l'espèce, plutôt qu’un de ces heureux élus qui lui conserveraient ses qualités, à défaut de les améliorer.


En résumé, l'agnostique peut croire, non pas en mais à une entité et non pas puissance, s'agissant d'un concept reposant déjà sur une interprétation purement humaine des interactions entre les composantes de l'univers telles qu'il est permis à l’homme de pouvoir les observer et les comprendre ; génératrice de tout ce qui compose le connu et l'inconnu. Il refuse par contre de qualifier cette entité, au nom d'une croyance plus ou moins superstitieuse, quels qu'en soient les arrangements pour tenter de la hisser au rang métaphysique, mot vide de sens pour l'agnostique. Considérant l'incapacité de l'être humain à maîtriser son destin, que cet état de fait résulte ou non d'une volonté supérieure, il considère que la connaissance de cette entité lui est inaccessible, du seul fait de sa propre nature, dont la réalité se perd dans une nuit des temps dont l'humanité semble s'éloigner chaque jour davantage, tout en prétendant s'en rapprocher.


Il existe en tout état de cause, pour l'agnostique, des problèmes autrement plus urgents et importants à résoudre, à commencer par l'organisation et l'accomplissement de la vie, dont les suites éventuelles ne peuvent que découler.



Add.

Il se trouve que aujourd’hui même, dimanche (12 janvier 2014), j’ai dû passer une partie de la matinée dans mon lit et qu’il m’a 
ainsi été donné d’écouter à la télévision la parole divine, dispensée par les ministres des principaux cultes : Bouddhistes, Musulmans, Chrétiens Orthodoxes, catholiques et protestants, juifs, se sont exprimés par leurs voix, qui ont d’ailleurs fini par m’endormir.

J’en avais toutefois assez entendu pour me confirmer dans l’opinion que les religions ne sont – après comme avant tout – que des tentatives d’explication de l’inexplicable, redevables de leurs succès à l’angoisse existentielle de l’homme et à sa vanité. Le besoin de paraître plus savant que ses semblables, la jactance et la crédulité du plus grand nombre, ont fait le reste et continuent de plus belle, dans un monde de plus en plus inquiétant.

La meilleure preuve en est, selon moi, l’évolution du Bouddhisme, en train de passer sous nos yeux du statut de philosophie à celui de religion, en transformant celui qui n'avait apparemment pas d'autre ambition que de partager les fruits de sa méditation, en l’envoyé d’un Dieu de plus, appelé à se confondre avec ceux que désignent toutes les religions monothéistes. Triomphe de la spiritualité unifiée ou de la crédulité ?

lundi 24 décembre 2012

Religions, inégalités et démographie


Qu'elles soient morales, politiques, religieuses ou autres, plus elles sont grandes, plus les causes ont besoin de troupes pour les promouvoir et les défendre ; d'où les encouragements qu'elles leur prodiguent de croître et se multiplier.

La religion constitue sans doute, avec la politique, l'un des chapitres sur lesquels l'homme se montre le plus intransigeant et il suffit pour s'en persuader de considérer les guerres et autres luttes dont est tissée l'histoire, ayant d'autres motifs que la conquête des richesses matérielles du monde. C'est donc en assurant tous les fidèles, sans distinction, du respect de leurs croyances, que le sujet est abordé ici.

Il ne s'agit pas de faire acte supplémentaire d'agnosticisme, et encore moins de prétendre tirer au clair le rapport existant entre l'homme, les religions et les Dieux qu'elles représentent. L'angoisse existentielle d'homo sapiens, par définition vieille comme lui d'un millier de siècles et source de foi, l'a conduit à se forger une spiritualité à laquelle nul n'échappe. C'est probablement ainsi que sont nées les superstitions puis les croyances de l'être humain, et qu'elles sont depuis entretenues par les religions qui en ont fait leurs fondations. Ce besoin de spiritualité, servi par un goût de la révélation et du mystère, davantage que par l'observation et la raison selon l'agnostique, est tel que ce dernier lui-même, rationaliste qu'encourage la science, a bien du mal à y résister ou à l'inverse, à ne pas basculer dans l'athéisme. Il est ici plus limitativement question du rapport entre les religions et la pyramide sociale, et de la mesure dans laquelle celle-ci est reconnue par celles-là, dans sa nature et son caractère aussi irrémédiable que détestable, pour le malheur premier de ceux qui logent à sa base avec si peu de possibilités de s'en extraire.

Le manteau spirituel dont l'humanité se couvre est un invraisemblable patchwork : Monothéismes, polythéismes ; philosophies déistes ou hérétiques, croyances des plus primitives et idéologies modernes, sans compter les dérives et schismes aussi nombreux que variées ni d'innombrables sectes et confréries, en sont les pièces bariolées, auxquelles s'ajoute l'athéisme, religion du non-Dieu, avec lui aussi ses papes, ses prêtres et ses prédicateurs. Toutes ces croyances reconnaissent implicitement la pyramide, au sommet de laquelle règne, selon le cas, ce Dieu en qui elles placent leur espoir en une vie meilleure dans l'au-delà ou plus simplement l'Homme lui-même, la plupart des idéologies n'étant rien d'autre que des "religions laïques"ou temporelles, avec chacune son idéal, par définition promis à n'être jamais atteint – ce que leurs tenants négligent superbement – son dogme, ses principes, ses temples et bien entendu ses prêtres ?

Les religions ont en tout cas le mérite, qui leur est généralement reconnu, d'avoir imposé aux hommes des règles de vie, une discipline morale, les ayant aidés à plus ou moins s'affranchir de la barbarie, bien que l'intégrisme de certains de leurs adeptes en soit encore bien proche. Leur rôle civilisateur ne saurait être contesté, en dépit des erreurs et des insuffisances pouvant leur être reprochées, et c'est à ce titre qu'elles partagent avec la science et le politique des responsabilités purement terrestres.

Hiérarchisée, comme l'est naturellement la société des hommes, il n'est pas d'exemple plus marqué de structure pyramidale que celui de toutes les églises et des structures schismatiques auxquelles elles ont pu donner naissance. Toujours un apex d'où Dieu domine des dirigeants servis par leurs clercs, eux-mêmes chargés de conduire au quotidien le troupeau des croyants majoritairement constitué par sa base. Pyramides d'autant plus plates et aux strates d'autant moins nombreuses que les pouvoirs s'y exercent à l'égard de croyants pauvres et populeux, elles s'inscrivent dans la pyramide globale constituée de l'ensemble des hommes, où se mêlent croyants et incroyants.

À l'égard de la pyramide sociale, les religions se distinguent par leur degré d'acceptation des inégalités qui y règnent inéluctablement entre ceux qui l'habitent. Cette acceptation va du fatalisme de celles pouvant être qualifiées d'hindouistes – ce que soulignait Tocqueville – aux règles à la fois plus subtiles et réactives du judaïsme, puis du christianisme et plus récemment de l'islam. Toutes y voyant l'épreuve mystérieusement imposée à ses créatures par le Dieu qu'elles représentent, sont autant de pyramides édifiées au nom de vérités promettant aux occupant de leurs divers étages la compensation de leurs malheurs terrestres dans un au-delà où les derniers seront les premiers. Objectivement, au risque de heurter, il y là instrumentalisation de la pauvreté par des structures au sommet desquelles règne un pouvoir aussi temporel que spirituel. Les religions se partagent ainsi la pauvreté, dans sa croissance et sa pérennité, assurées envers et contre tout, du seul fait de sa relativité alliée à une démographie en constante augmentation depuis l'origine de l'humanité.

Les résistances qu'il peut arriver aux religions d'avoir à vaincre, et le recul de certaines d'entre elles sont attribués à la montée du matérialisme. Ne serait-ce pas plutôt, ou tout autant, dû à la moindre crédulité qu'il génère ? Le déficit d'instruction, qui est le principal pilier de cette dernière, se comble en effet, de manière aussi spectaculaire qu'irréversible, sous l'effet de nouvelles façons de communiquer et d'apprendre.

Le XXIème s. sera spirituel ou ne sera pas a dit André Malraux. Sous la poussée d'un Islam en croisade et des autres religions tentant de s'unir pour lui résister, la prédiction coulait de source, mais la véritable question est : que pourrait-il en résulter pour la pyramide sociale, dans l'immuabilité de sa structure, garantie par la nature ?

Concernant le recul ou l'avancée comparée des religions, il est intéressant d'observer la mesure dans laquelle les richesses matérielles y jouent un rôle prépondérant, en parfaite contradiction avec le pseudo rejet par les unes et les autres du pouvoir temporel de l'argent. Après que la naissance puis l'expansion du judaïsme aient encore pris appui sur la force à l'état brut, dans l'opposition de tribus et de peuples semblant avoir agi sans prédominance de motifs religieux, jusqu'à la révélation d'un Dieu unique imposant Sa Loi à ses disciples, celles du christianisme ont étroitement été liées à la conquête de libertés qui n'avaient rien que de terrestre, puis de l'or et autres trésors exotiques. Après qu'il ait longuement mûri au rythme de la vie pastorale, l'Islam est quant à lui aujourd'hui servi par
l'or noir dont il
détient les réserves, comme en attestent ses retombées partout dans le monde ; du financement de sa propre propagation à celui de la dette des pays dont il a programmé la conquête. Acteur principal du développement démographique, dans une relation privilégiée entre pays pauvres et polygynie, son objectif déclaré de conquête du monde, par le ventre de ses femmes ne le dissimule même pas.


Détentrice de pouvoirs autant matériel que spirituel, les religions siègent au sommet de la pyramide sociale depuis que les premières croyances sont apparues. D'un point de vue purement socio-démographique, membres de l'élite, elles sont parmi ses premiers représentants à porter la responsabilité des malheurs qui écrasent une base proliférante et l'aggravation permanente de l'abominable sort de ses membres les plus défavorisés, tel qu'il en résulte. Elles accompagnent ainsi et cautionnent moralement l'action des États soucieux de conserver leur population en âge et en nombre propres à garantir leur dynamisme économique, en gardiennes de cette force supérieure à toutes qui est celle du nombre ; d'une démographie laminant tout sous son poids. Ne pouvant rien changer à l'ordre naturel et immuable selon lequel la nature et sa naissance attribuent à chacun sa place dans la pyramide sociale, elles se font les complices des gardiens de l'ordre qui y règne, soumises, réduites à exhorter ceux qui en souffrent à patienter et dans le meilleur des cas à les y aider par la charité et la prière.

Toute religion se fonde ainsi sur l'angoisse existentielle humaine, et entretient une foi qui, par définition, est le contraire de la raison. Comme la richesse, la religion existe par la pauvreté, laquelle exacerbe cette angoisse. Si la richesse est le pendant naturel de la pauvreté ; le contraire sans lequel elle n'existeraient pas davantage l'une que l'autre, la religion en est d'abord le produit en même temps que la justification première. Dans la crédulité qui la différencie d'une élite trop savante pour s'abandonner à une foi aveugle ; dans sa précarité intellectuelle, morale et matérielle, la pauvreté se voit offrir par la religion une compensation différée de ses misères, qui l'aide à les supporter jusqu'à une fin d'ailleurs présentée, par la religion elle-même, comme une délivrance.

Comme la médecine finit par accorder plus d'attention à la maladie qu'au malade, comme la science piétine la morale au nom de sa curiosité, les religions privilégient par vocation l'éternel par rapport au temporel, en cultivant le caractère incontournable de la condition humaine et de ses inégalités naturelles plutôt que de le combattre. Le pouvoir des religions serait pourtant déterminant dans une stratégie de dénatalité qui permettrait le retour à une société équilibrée, offrant aux plus démunis la dignité, à défaut d'une abolition de la relativité de leur position dans la pyramide sociale. Ceci selon une éthique garantissant le respect de la vie, s'agissant de prôner et prêcher la limitation de la conception, donc des naissances et du surnombre qui en résultent.

Addition
Copie d'un échange avec Zenit
organe de presse en ligne émanant du Vatican

- Claudec a écrit le 20/12/2012, commentant un article intitulé "La lutte contre la pauvreté" :
« Les religions jouent un rôle qui se différencie de celui des autres pouvoirs par leur prêche d\'une soumission au grand ordre des choses, en échange d'un meilleur au-delà, alors que d'autres œuvrent en vue de changements ici-bas, par la science ou la révolution. Mais dans tous les cas la pyramide sociale reste immuablement la même, avec son sommet où règnent les puissants et sa base où s'empilent les pauvres. Pour quelques développements voir :http://claudec-abominablepyramidesociale.blogspot.com Ou lire : "La Pyramide sociale - Monstrueux défi" De la richesse à l'exclusion sociale aujourd'hui et à la barbarie demain :
nhttp://www.thebookedition.com/la-pyramide-sociale---monstrueux-defi-claudec-p-84411.html »
- Zenit répond :
Cher lecteur,
Merci d'avoir pris le temps de nous faire part de votre sentiment ; Cependant, l'Eglise catholique a élaboré une "doctrine sociale" abondante qui propose concrètement des changements [en vue] de plus de justice dans ce monde. Elle a été réunie dans ce volume en ligne :
http://www.vatican.va/roman_curia/pontifical_councils/justpeace/documents/rc_pc_justpeace_doc_20060526_compendio-dott-soc_fr.html
Dans l'Ancien Testament, les prophètes déjà exigeaient la conversion pur que le monde devienne meilleur.
Le prophète Isaïe a lui-même fustigé ceux qui prient et rendent un culte à Dieu sans faire justice aux plus défavorisés.
L'Evangile en dit pas autre chose… et les 10 commandements, s'ils étaient appliqués, sont une vraie révolution sociale.
Que le pape Benoît XVI a rappelé dans son encyclique sociale (à la suite des encycliques sociales de ses prédécesseurs, Léon XIII et Jean-Paul II) :
http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/encyclicals/documents/hf_ben-xvi_enc_20090629_caritas-in-veritate_fr.html
Nous serons jugés, dit S. Matthieu non pas sur nos prières mais sur ce que nous aurons fait pour qui est nu, qui n'a pas à manger, qui est prisonnier ou malade.
Pas d'Evangile sans se retrousser les manches pour changer le monde,
pour transformer les structures de péché qui opprime les peuples en structures de justice, d'amour, de liberté et de paix.
Mais c'est seulement notre point de vue.
Bien cordialement.
Le courrier de la rédaction
- Le 22 déc. 2012, Claudec revient sur le sujet dans les termes suivants :
Bonjour,
Merci de votre réponse et du lien qui me permettra d'approfondir la position de l'Eglise sur un sujet qui, en dépit de son caractère fondamental, me semble occulté.
« Pas d'Evangile sans se retrousser les manches pour changer le monde, pour transformer les structures de péché qui opprime les peuples en structures de justice, d'amour, de liberté et de paix.» C'est bien là qu'est la question ; posée concernant une structure naturellement et immuablement pyramidale de la société, selon laquelle toutes choses intéressant la condition humaine, dont notamment la richesse et la pauvreté – non limitativement matérielles – revêtent un caractère irrémédiable et irrémédiablement relatif.
Cordialement vôtre
Claudec
- Le 23/12/2012, réponse de Zenit :
PS Vous avez raison, la rédaction française de Zenit en français va essayer cette année de trouver des intervenants compétents dans ce domaine.
Bon Noël!
Le Courrier

NB
Il aurait pu être ajouté à la réponse du 22 déc, concernant la citation d’Isaïe fustigeant ceux qui prient et rendent un culte à Dieu sans faire justice aux plus défavorisés, que la question n’est pas là mais dans le fait que précisément, justice est refusée aux plus défavorisés par le simple fait qu’ils naissent dans une structure pyramidale où ils sont irrémédiablement condamnés à l’injustice par inégalité naturelle.

lundi 17 décembre 2012

La pyramide sociale et l'élite


«... un double divorce est en train de s'opérer sous nos yeux :
entre le peuples et les élites d'une part;
entre le peuple et le progrès de l'autre »
Jacques Julliard
"La faute aux élites" Gallimard 1997
[Ne serait-ce pas plutôt entre le peuple d'une part
et le progrès allié aux élites d'autre part ?]


«... un double divorce est en train de s'opérer sous nos yeux :
entre le peuples et les élites d'une part;
entre le peuple et le progrès de l'autre »
Jacques Julliard
"La faute aux élites" Gallimard 1997
[Ne serait-ce pas plutôt entre le peuple d'une part
et le progrès allié aux élites d'autre part ?]

Parler de sommet de la pyramide sociale plutôt que d’élite serait une précaution permettant d’éviter l’amalgame de tous les membres de la société qui en occupent le sommet et y exercent leur autorité intellectuelle et morale, en compagnie du pouvoir de l'argent. Une telle promiscuité n’est pas en effet sans conséquences, outre l'abus de pouvoir auquel se livrent de trop nombreux imposteurs. S'il est réducteur de ramener la richesse – comme la pauvreté – de la société et de chacun de ses membres à son seul aspect matériel, il l'est davantage encore de considérer qu'il suffise d'occuper le sommet de la pyramide sociale pour en être digne et y exercer une autorité, quand bien même elle ne serait qu'immatérielle. C'est une prédominance et une insuffisance de partage bien plus complexes et solidement établies que celles du seul argent, émanant notamment des pouvoirs médiatique, politique, religieux, scientifique et technique, qui est en cause lorsqu'il est question d'inégalités. Dans une telle perspective, le pouvoir de l'argent, bien que dominant trop souvent les autres, est à leur service comme il en est le ciment.

La véritable fixation dont font l'objet les inégalités sociales, vues à travers le prisme réducteur des richesses matérielles, fait oublier les autres, lesquelles prospèrent elles aussi au préjudice aggravé de ceux qui en sont les victimes, dans une discrétion pour le moins surprenante de la part des premiers dénonciateurs de leurs malheurs. L'opacité qui règne à propos de la richesse matérielle et de ceux qui se la partagent n'est d'ailleurs pas la moindre manifestation des pouvoirs s'exerçant sur l'ensemble de la société, au point de s'interroger sur l'intérêt que pourraient avoir une partie de l'élite à s'allier avec ses pseudo membres pour en tirer un supplément de caution, quel qu’en soit le caractère suspect.

Quoi qu’il en soit, la question est de savoir dans quelle mesure et avec quels arguments ceux qui peuplent le sommet de la pyramide sociale en admettent ou en rejettent la représentation proposée ici, et nient les effets de la croissance démographique sur la pauvreté et les inégalités.

Les religions

Nous y reviendrons en détail, mais elles ont en commun de promettre à l'homme le bonheur dans l'au-delà, en compensation de sa condition ici-bas, avec pour effet des résultat jusqu’ici incontrôlés mais de l'avoir fait patienter aussi longtemps que sa crédulité n'a pas eu à subir les assauts d'une information omniprésente, véhiculant un savoir chaque jour plus étendu et partagé, quitte à être illusoire. D'anciennes civilisations et leurs prêtres l'avaient bien compris, qui allaient jusqu'à réserver aux seuls notables l'usage de l'écriture, punissant de mort toute infraction à cette règle. Leur promesse, aveu implicite de la reconnaissance du caractère incontournable de la pyramide sociale, garantit en tout cas un ordre n'ayant rien d'autre que de temporel, en y soumettant d'abord les plus crédules, naturellement recrutés à la base de cette pyramide.

L'une des grandes religions s'accommode des statistiques démographiques produites par les experts en la matière, en dépit des approximations et du caractère douteux dont elles sont entachées, mais il y a pire. Il suffit pour s'en apercevoir de penser aux invitations à croître et à multiplier, prêchées par toutes, et à la polygynie prônée par l’une d’entre elles. Une planisphère localisant cette pratique, qui est l'aspect le plus préoccupant de la polygamie en regard de la natalité, permet de constater sa relation étroite avec les zones de surpopulation dans le monde.


Source Wikimedia - internet



Et le fait que la religion dont elle est encore l'une des valeurs – ses prophètes ayant apparemment mieux anticipé que d'autres le parti qu'ils pourraient tirer de la démographie – au point que ses intégristes les plus actifs fassent du ventre de leurs femmes l'une des armes les plus efficaces de sa volonté affichée de conquérir l'univers *, n'a rien de rassurant, ne serait-ce que du seul point de vue qui nous intéresse ici.

Apparaît dès lors la mesure dans laquelle la misère des hommes a été et demeure le socle sur lequel les religions se sont édifiées et continuent de reposer. Elles pourrait suffire à expliquer que ces religions soient objectivement opposées au principe de dénatalité, et tellement résolues à ignorer l'abomination de la pyramide sociale autant que son hypertrophie.

"L'intelligentsia"

Véritable diaspora, elle est issue de cette multitude de modernes clercs et praticiens que sont savants, scientifiques, techniciens, enseignants et docteurs en tous genres. S'y mêlent les représentants de la pseudo élite dont il est question plus haut : beaux esprits et autres philosophes plus ou moins libres-penseurs, provenant du show-business, des sports, des lettres, etc ... Maîtres à penser grands et petits, reconnus aussi bien qu'autoproclamés. Gonflés de certitudes dogmatiques pour bon nombre d'entre eux, ils pratiquent des langages, formules et indices connus d'eux seuls pour exercer à l'égard de plus ignorants qu'eux, une véritable dictature dont la pensée unique est l'exemple flamboyant. Toujours prêts à s'indigner de tout sans se préoccuper des fondamentaux, comme en attestent par exemple la médiatisation de leurs innombrables interventions en faveur de l'environnement ou contre tel ou tel pouvoir, il est compréhensible que la pyramide sociale puisse n'avoir pour eux rien de particulièrement remarquable – pas davantage que pourrait les inquiéter l’hypertrophie de sa base – et qu'ils soient amenés à combattre les inégalités dans une confusion qui ne fait que les aggraver. Bien que caricatural, Il suffit pour s'en rendre compte de lire l'article intitulé "La polygamie: pourquoi pas ?", paru le 24 mars 2012 sous la signature d'une auteure qui se qualifie de philosophe et dont voici l'introduction : « Pourquoi est-il devenu aujourd'hui impossible de prononcer le mot polygamie sans qu'aussitôt le débat s'enflamme? La polygamie serait à éradiquer, comme un fléau, si l'on écoute certains politiques... [ayant été jusqu'à proposer] de faire de "la polygamie de fait" un délit pour les personnes naturalisées, puni de la déchéance de la nationalité ... La proposition fut abandonnée, on en fut quitte pour le ridicule.
Pourquoi donc cet acharnement contre la polygamie ? Parce qu'il n'y a plus aucune once de réflexion censée (sic) sur la place publique concernant ce sujet. Ce ne sont qu'amalgames et a priori, ressassements et attaques aveugles. C'est à qui s'indignera le plus vite et le plus fort. La polygamie serait la mère de tous les vices, et la monogamie le garant de l'ordre moral et le fondement de notre société ... C'est un fantasme qu'il est temps de dénoncer. » (**)

Il est surtout temps de cesser de prendre aussi naïvement pour des jaillissements d'intelligence une fertilité intellectuelle irresponsable se lâchant dans l'impunité totale. Il est trop facile de briller, confortablement attablés entre amis pratiquant le même exercice, à la terrasse d'un café germanopratain, ou face à un auditoire complaisant.

La classe politique

Pour des raisons assez comparables à celles attribuables aux religions – le pragmatisme attaché au seul temporel faisant en principe la différence –, les politiques refusent eux aussi majoritairement la remise en cause démographique, semblant ignorer son rapport avec les inégalités sociales, tant le concept est absent de leurs propos. Le sectarisme, voire l'anticléricalisme de la minorité d'entre eux qui s'en montreraient partisans – si le sujet faisait débat – suffirait d'ailleurs à les décrédibiliser, la moindre référence à la pyramide sociale semblant leur échapper.
Peut-il en être autrement, une telle prise de position allant à l'encontre de vérités solidement établies ? Ne serait-ce pas tout simplement militer pour la dénatalité de leurs électeurs ? L'attachement des élus à leurs mandats les renvoie à des suffrages dont la conquête comme la conservation reposent sur une démagogie respectueuse avant tout d'opinions majoritairement formées – avec le concours des media – par le pouvoir spirituel et l'intelligentsia régnante. Leur intérêt, soutenu par l'ordre des choses et réciproquement, prive la plupart d'entre eux, non seulement de la clairvoyance mais du courage nécessaire.

Les responsables de l'ordre et de la sécurité, tant policiers que militaires, étant l'exécutif permanent des politiques – et dans de nombreux cas du religieux –, leur attitude au sein de la pyramide sociale, en relation ou non avec la démographie, ne peut qu'en dépendre ; aussi ne sont-ils évoqués – sans entrer dans le détail – que pour souligner le poids dont leur pouvoir, pouvant aller jusqu'à l'oppression, pèse sur la société.

Les media

Aussi nombreux que les courants de pensée qu'ils sont censés représenter, luttant entre eux pour la conquête d'un lectorat ou d'un audimat, à la manière des politiques pour celle de leurs électeurs, la preuve nous est administrée quotidiennement que l'information qu'ils dispensent a davantage pour objectif de modeler l'opinion, au service de leurs maîtres financiers aussi bien qu'idéologues, que de l'éclairer. Leur pratique du vedettariat n'est pas sans rappeler le show-business, sans aller jusqu'à s'aventurer au-delà des idées reçues et d'un sensationnel dont ils peuvent assaisonner à moindre frais le quotidien de leur clientèle. Sans doute est-ce pour cela que la presse écrite comme la radio et la télévision font généralement preuve d'une indifférence rare à l'égard de la démographie et de sa relation avec la pyramide sociale, lorsqu'il leur arrive de concevoir la réalité de cette dernière. La meilleure illustration de cette attitude est l'intérêt aussi vite éteint qu'éveillé, qu'a suscité le fait démographique pourtant de première importance, qu'a été le franchissement du nombre des 7 milliards d'être humains peuplant la planète.

Internet peut paraître faire exception et donner l'impression de corriger les carences et compromissions des modes d'information traditionnels, précisément parce qu'avec toutes ses insuffisances et ses outrances, ce nouveau moyen de découverte et d'expression est accessible au plus grand nombre, mais deux observations conduisent à en douter :
La première porte sur la censure qui s'y exerce sous prétexte d'une modération qui, loin d’être inutile,  n’en conduit pas moins trop souvent,  au rejet pur et simple de ce qui n'est pas conforme à la ligne éditoriale des innombrables blogs, sites, forums et tribunes émanant aussi bien de media traditionnels que de l'initiative privée, toutes opinions confondues.
La seconde est que s'y multiplient des micro groupes qui viennent y débattre des questions les plus diverses, entre intervenants étant par avance d'accord entre eux. Chacun étant bien entendu persuadé de détenir la vérité à propos de ce qu'il connaît mal, voire pas du tout. Toute intervention contradictoire y étant impitoyablement refoulée, les discussions y prennent un tour plus affligeant de médiocrité que porteur d'un espoir de progrès des esprits qui en auraient le plus besoin. Comme si, là encore, la pyramide s'imposait, condamnant la pauvreté à occuper la partie la plus basse en même temps que la plus importante de son volume.

En résumé, en laissant sa place à l'exception ; en évitant l'amalgame ; en faisant la part de la philanthropie, de l'humanitaire, du caritatif, institutionnalisés ou non, collectifs comme individuels, dont les efforts méritoires soulignés par ailleurs sont condamnés à une insuffisance chronique par le nombre et parfois une compassion maladroite, une large partie de l'élite est quasiment muette sur le sujet qui nous intéresse. Il en est comme si elle n'était pas concernée ; comme si le concept de pyramide sociale lui échappait ; comme si elle vivait, volontairement ou non, consciemment ou non, coupée d’une réalité sociale fondamentale et a fortiori de son rapport avec la démographie. Couvant néanmoins jalousement et pesamment le reste de cette pyramide sociale, de sa base à sa partie médiane, elle ne partage ses angoisses ou ne s'en préoccupe, que par une observation où l'anthropologie le dispute à la compassion, ce qui ne fait que les aggraver.

S'il devait être appliqué aux détenteurs de la richesse intellectuelle et morale l'intransigeance avec laquelle est reprochée à ceux qui exercent les pouvoirs matériels leur cupidité et leur égoïsme, alors une partie de l'élite ne pourrait qu'être accusée de témoigner à l'égard de ces derniers d'une complicité pour le moins objective.

C'est cette partie de l'élite et sa complaisance à l'égard de ceux qui s'en prétendent abusivement les membres, qui pourraient ainsi être la première cause de la dislocation fatale de la pyramide sociale. Mais rappelons-le : à supposer qu'un tel résultat, auquel aspirent les révolutionnaires vrais ou faux, ne conduise pas au néant, il n'aurait pour effet que de donner naissance à une nouvelle pyramide sociale, avec toujours son sommet et sa base.

* - Cf. déclaration de Hari Boumedienne se flattant en 1974, à la tribune de l’ONU,  de ce que l'islam ferait la conquête de l'Europe et du monde par le ventre de ses femmes. Menace reprise depuis, en particulier par son défunt coreligionnaire, le Colonel Khadafi.

** - http://www.huffingtonpost.fr/catherine-ternaux/polygamie-amour_b_1373398.html